L'histoire que je vais raconter Est une histoire vraie C'est l'histoire de deux vies Qui n'en font plus qu'une C'est l'histoire d'une vie Oubliée et unique.
Ceci dit je prie messieurs les censeurs Qui censurent la vie Parce qu'elle leur fait peur De s'arrêter ici Il vaut mieux pour eux Et pour la vie.
La première fois que je les ai vus Tous deux Je les ai pris pour des jumeaux Un peu plus tard En les regardant m'aimer J'ai appris qu'ils étaient Mes parents.
Lui ouvrier Elle ouvrière Lui dans une filature de coton Elle dans une filature de coton
Je les ai vus
Vivre Travailler Aimer S'aimer M'aimer
Je les ai vus Pleurer Espérer Désespérer
Je les ai vus Humiliés Par leur patron Qui leur offrit un jour Pour les récompenser Un mouchoir…
Un mouchoir maintenant usé de larmes Un mouchoir transi de froid Parce qu'agité mille fois Sur les quais d'une gare Sur les trottoirs de notre rue Pour dire au revoir A ma sœur qui s'est mariée A leur fils parti trop tôt
Ils ont vécu seuls Au rythme du coucou de la cuisine Ils ont vécu seuls Jour après jour Au rythme de l'usine Ils ont vécu seuls Au rythme des retours de vacances
Ils attendaient le lendemain Pour oublier le jour présent
Ils se sont aimés Au rythme des repas Au rytme des visites régulières Du médecin L'un espérant pour l'autre Une santé meilleure
Révoltés intérieurement Ils ont vécu leur vie Lentement Fidèlement
Fidèles dans l'amour Fidèles dans le travail
Ils ne comprenaient pas toujours Mais ils étaient fidèles Fidèles à la vie monotone Fidèles à l'événement inattendu
Et aujourd'hui ils sont usés Comme un vêtement Frotté au même endroit Pendant des années